Les Ouirots pendant la guerre





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Histoire de pommes de terre

Famille Collignon avant la guerre
Marie-Joséphine Laumont, Arthur Collignon
et leurs enfants Ernest et Angèle
avant la guerre de 1914.

 

 

Un soir, en revenant du travail obligatoire dans les champs, Angèle Collignon pour "protester" contre l'occupation allemande, avait sciemment arrachés des plants de pommes-de-terre. Celles-ci étaient, bien sûr, destinées à être mangées par sa famille.

Prise sur le fait par un soldat allemand, elle tenta tant bien que mal de lui faire comprendre qu'elle croyait qu'il s'agissait de "saletés" (mauvaises herbes), mais le soldat ne s'y méprit pas. Il lui ordonna de venir dorénavant au travail une heure plus tôt. Heureusement pour elle, ce soldat fut rappelé au front le lendemain.

Histoire contée par Angèle Collignon à sa fille Françoise.
Angèle, née en 1900, était adolescente pendant la guerre.


Extrait de carte postaleExtrait de carte postale

EXPEDITEUR
Nom : ANTOINE Léon
Grad : Sergent
Régiment : 350e
Comp. : 24e
Secteur postal 33

Adressée à :
Monsieur Aimé BRIFFAUT
126, rue de la Chapelle
Paris
Cachetée le 21
Datée : Le 19 mai 1915

Cher Aimé,

Voila longtemps que je n'ai eu de tes nouvelles. Que fais-tu en ce moment, es-tu toujours à Paris? Moi c'est toujours la même chose, je suis dans les tranchées, c'est toujours aussi calme. Tu as peut-être vu par les journaux que les boches faisaient évacuer les Ardennes; peut-être nos parents vont-ils revenir eux aussi. As-tu déjà eu des nouvelles Il parait que L. Leclère est ...* . Je suis toujours en bonne santé et j'espère qu'il en est de même ...

Signature L ...

* ça finit par é.


Collignon à Lamontagne

Les deux lettres écrites par Angèle Collignon lors du séjour de sa famille à La Montagne en Loire Atlantique ont été écrites à deux semaines d'intervalle.

Elles sont toutes deux adressées à "Cher Ami", et il y a tout lieu de croire qu'il s'agisse de destinataires différents, car plusieurs passages sont similaires. Nous recherchons à qui elles peuvent avoir été adressées.

Ces lettres vous donneront une idée des préoccupations des réfugiés ainsi que des difficultés de communication.

"La petite de Sidonie" est Marie Madeleine ROBE décédée le 25 octobre 1914.

 

 

 Famille Collignon en 1917
1917 Famille Collignon à La Montagne

La Montagne 2 janvier 1917

Cher Ami

C'est moi qui vous répond à la place de papa.
Pour des nouvelles, je n'en ai pas de très bonnes à vous apprendre. Sidonie a perdu sa petite, et quelque mois après votre mère l'a suivie. Oncle Elisée est toujours à Blagny avec Tante Elisa, Marie Louise et Gaston qui est bien changé. Il porte des culottes maintenant. Votre Anaïse est à Williers avec Emile, sa petite famille se compose de 4. Ils ont eu un petit garçon qui s'appelle Léon il y a quelque mois.
Votre père va bien ainsi que Sidonie qui travaille en réquisition tous les jours. Nous n'étions pas trop malheureux, nous étions ravitaillé par l'Amérique, ½ livre par jour de pain, 1 livre de café, de lard, de sucre, de Saindoux et un morceau de savon par mois.
A Williers il n'y a plus de chevaux, il y a encore des vaches, mais il faut leur donner tout le beurre, toutes les semaines, ainsi que les oeufs. Ce sont les boches qui commandent la culture, toutes les personnes valides doivent y travailler.
Nous leur achetons notre ration de pommes de terre ½ livre par jour.
Il y avait 2 compagnies d'infanterie à Williers quand nous sommes partis, nous en logions 25.
A la scierie il y a un poste pour que personne n'entre en Belgique.
Jules n'a pas été pris pour aller en Allemagne il a eu une vraie vaine. Voici les décès de Williers: l'Ernest LOUIS, la mère Adèle, Marie DAUSSIN, le père Emile du Moulin. Le moulin est brûlé.

A l'occasion de la nouvelle année, je vous souhaite une bonne et heureuse année et le retour à Ouïr pendant 1917.

Recevez une cordiale poignée de main.

Angèle Collignon

 

 

La Montagne 19 janvier 1917

Cher ami,

J'ai reçu votre lettre hier je m'empresse de vous répondre aujourd'hui.

Au début votre famille de Williers a été parti jusque Malandry avec grand-père, tante Victoire et Elisa. Oncle Elisée a été caché 4 jours dans un four à l'usine, avec une pantoufle et un soulier. Il n'avait pas eu le temps de s'habiller. Emile Jamart ont été parti jusque Reims ils ont rentrés quinze jours après.

Votre mère est morte de paralysie un an après la déclaration de guerre la petite de Sidonie 3 mois avant votre mère. Les obus n'ont pas fait de dégâts à Williers, personne ne restait nous étions partis à Mogues.

Quand nous sommes partis, il y avait 2 compagnies d'infanterie, il y en avait 24 chez nous. Sidonie en logeait 6 aussi.

Comme nourriture, l'ordinaire est le café le matin, betterave ou chou-navet à midi, le soir café encore. Je vous assure ils n'ont pas le ventre trop plein. En Allemagne, le litre d'huile coûte 25 ct, la livre de beurre 8 ct.

A Williers ils espèrent toujours que cela va finir.
Ils ont eu une carte de la femme de Célestin qui se disait, elle et son enfant, en bonne santé, mais ne parlait pas de son mari.

Oncle Elisée travaille dans la culture en réquisition l'usine ne marche pas.

Votre père et Auguste Romain sont nommés cantonniers par les boches. Ils travaillent tous les jours sur les routes et balayent la rue 2 fois par semaine.
Sidonie travaille ainsi qu'Emile Jamart en réquisition tous les jours dans la culture. Moi j'ai touché 37 sous et demi pour mon dernier mois de travail.

Papa vient d'écrire à votre beau-frère Louis Nicolas, qui nous demandait des nouvelles. Nous avons passé près de lui en venant, même nous aurions pu aller le voir, si nous avions eu son adresse.
Le Léon Bertrand de Mogues a été venu hier ainsi que Ernest Jamart et sa femme.

Maman, papa, Ernest et moi vous souhaitent bonne chance. Recevez une cordiale poignée de main.

Angèle C.


Somme-Vesle 17-10-17

Mon cher Léon,

Reçu ta carte ce matin avec plaisir, puisque tu es en permission chez Virginie tu as dû prendre connaissance de ma lettre, inutile de revenir sur des détails que tu connais.

J'ai écrit à Nicolas le 6, j'attends réponse, peut-être est-il toujours en permission.

J'ai su qu'il y était pour vingt jours, mais toi tu ne me dis pas pour combien. Je souhaite que ce soit pour le même temps.
Je sais que Gaston est à Williers, c'est Mme Bardou qui en a eu la garde un moment qui me l'a écrit. Je suis content de le savoir en bonne santé, car de Williers je n'ai jamais reçu un seul mot quoique ayant écrit souvent.

Il y a six semaines j'ai fait une troisième demande pour ton rapatriement. J'attends patiemment le résultat. J'ai reçu une lettre aujourd'hui de Julia qui m'apprend que François est à Mesnieres en Bray, et qu'il a fait des démarches auprès de la Croix-Rouge de Genève pour faire rapatrier Sidonie, comme je serais heureux si par le même occasion Gaston pouvait rentrer en France avec elle, mais hélas, dois-je y compter.

Je passe mon congé tant bien que mal dans ce sacré pays, tu sais on est pas chez soi et puis un vilain temps.

Louis Claisse a été revenu en permission pour huit jours il est reparti hier matin, je l'ai accompagné jusque Chalons, ma première sortie depuis quinze jours.

En attendant l'heureux jour de nous retrouver en famille, je ne peux dire tous, puisque malheureusement il y a déjà des absents, je te quitte en te souhaitant bonne santé, courage et patience, on les aura et te demande d'embrasser Marcel et Virginie pour moi.

Ton frère qui te dis ses amitiés et te la serre bien cordialement

Nicolas L.

Nicolas Louis Sergent 45 R.I.T.

En convalescence à Somme-Vesle (Marne)

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